Etat d’avancement de la saison agricole 2010A
1. Situation pluviométrique
Depuis le mois de septembre qui marque normalement le démarrage de la saison 2010A, la pluviométrie est largement déficitaire. Jusqu’à fin octobre, la pluie a été absente dans le Moso, très rare dans le Buragane, Buyogoma, Bweru et Imbo,ce qui a pénalisé la mise en place de la saison. Dans la plaine de l’Imbo, la seule pluie soutenue survenue en date du 6 octobre a provoqué des dégâts énormes dans la commune Rugombo, en province Cibitoke, ainsi que dans celle de Gihanga en province de Bubanza. La pluie est par ailleurs très irrégulière dans toute la région naturelle de Kirimiro et dans certaines localités des régions naturelles de Mugamba, Mumirwa, Buyenzi et Bututsi situées à plus de 1.800 m d’altitude.
Ces perturbations climatiques liées au déficit hydrique ont lieu à la veille du phénomène ELNINO, prévu entre novembre 2009 et février/mars 2010 selon l’Institut Géographique du Burundi (IGEBU). Le phénomène EL-NINO se dégage des températures de la surface des Océans Indien et Pacifique supérieures à la moyenne, ce qui est à l’origine de tourbillons et déplacements des masses d’air. Les effets météorologiques de ces mouvements de masses d’air chaudes sont différentiés selon les coordonnées géographiques ; ils se traduisent en pluies torrentielles et inondations dans les pays de l’Afrique de l’Est, dont le Burundi. Ainsi, les dégâts agricoles causés par le retard de pluies et le déficit hydrique jusqu’à fin octobre seront par la suite aggravés par des pluies torrentielles et des inondations. Le récent EL-NINO connu au Burundi a eu lieu en 2006/2007 et a provoqué de fortes inondations dans les plateaux centraux et dans la plaine de l’Imbo.
2. Situation agricole
Les cultures de la saison 2009C arrivent progressivement à maturité. Il s’agit notamment du haricot, de la patate douce et de la pomme de terre, par ailleurs récoltés précocement par les ménages en proie à la période de soudure alimentaire. La prolongation de la saison sèche a sensiblement diminué le rendement de ces cultures dans les régions de moyenne et basse altitudes très sensibles au déficit hydrique. La production du maïs, au stade laiteux, sera également réduite par ce déficit hydrique prolongé, qui hypothèque la production du riz de contre saison actuellement au stade sensible de pollinisation.
Les effets du retard des pluies sont relativement tempérés par l’altitude dans les régions des hautes collines. Les disparités pluviométriques enregistrées depuis septembre résultent en une évaluation mitigée de la saison 2010A. Quatre grands ensembles se dégagent de l’analyse faite en octobre du niveau de mise en place de la saison agricole : (i) Les régions naturelles de Moso, Imbo et Buragane n’ont presque pas encore effectué les semis, soit un retard de près de deux mois dans la mise en place des cultures.
Les ménages de ces régions ont entre temps consommé les semences. En conséquence, les emblavures pour cette saison seront certainement réduites ; (ii) les régions naturelles de Buyogoma et Bweru ont connu des pluies très irrégulières pendant un mois et demi au début de la saison. Moins de 20% des champs ont été ensemencés en septembre, mais beaucoup de ces semences n’ont pas levé suite à la période sèche qui a suivi et qui s’est prolongée jusqu’à fin octobre ; (iii) les régions naturelles de Bugesera et Kirimiro ont également connu des pluies irrégulières ; entre 40% et 55% des champs ont été ensemencés jusqu’à fin octobre, et des cas de fonte de semis de haricot, moins importants que dans le précédent cas, ont été relevés ; (iv) les régions naturelles de Bututsi, Buyenzi, Mugamba et Mumirwa ont été les moins affectées par les irrégularités des pluies, et environ 75% des champs ont été semés.
Les champs issus des premiers semis réalisés en septembre, moins de 25%, sont au stade de sarclage. Même s’il pleuvait à partir de novembre, la plupart des ménages des régions les plus affectées, plus particulièrement les ménages les plus vulnérables, ne pourront pas réaliser de semis pour la saison 2010A, soit parce qu’ils n’auront plus de semences, et/ou qu’ils jugeront qu’il est trop tard pour semer et que la saison est donc perdue. Dans ce contexte, la prolongation de la période de soudure est certaine, de même que le chevauchement de la saison 2010A et 2010B qui se traduira par le manque de semences pour la saison 2010B.


